Grand-Pré, le 4 septembre 2008 –
Après deux ans de traitement de
conservation, l’aboiteau découvert par hasard en mai 2006 près du lieu
historique national de Grand-Pré se trouve maintenant au centre
d’interprétation. Au lieu d’être dans la terre argileuse saturée d’eau,
il repose sur des tréteaux dans la salle d’exposition.
Un aboiteau est une grande dalle ou conduite d’eau en bois que les
premiers Acadiens utilisaient pour assécher et dessaler les marais afin
de les transformer en terres arables. L’aboiteau est muni d’un clapet
qui se ferme quand la marée monte et s’ouvre quand la marée descend pour
laisser l’eau douce s’écouler. D’habitude, l’aboiteau était placé dans
une crique ou un ruisseau et faisait partie d’une digue. Comme tous les
plus anciens aboiteaux, celui de Grand-Pré est fait d’un tronc d’arbre
évidé et recouvert de lattes taillées à la main. Le clapet et les lattes
étaient encore intacts. Malheureusement, l’aboiteau s’est brisé en deux
quand une pelle mécanique l’a heurté lors des travaux de creusage.
Au cours des années, on a découvert d’autres aboiteaux ailleurs dans les
régions autrefois cultivées par les Acadiens, mais celui-ci est le
premier que les savants aient analysé et daté à l’aide de la technologie
moderne. Un rapport publié récemment par André Robichaud et Colin
Laroque contient des constats étonnants. Très peu de temps après
l’excavation de l’aboiteau, André Robichaud a prélevé des échantillons
avec une sonde comme celle qu’utilisent les forestiers pour calculer
l’âge des arbres vivants. Il a extrait de petits cylindres de bois du
tronc évidé et aussi des deux troncs intacts qui se trouvaient à côté de
l’aboiteau. Ensuite, les échantillons ont été examinés à l’aide d’un
microscope électronique à balayage au laboratoire de dendrochronologie à
l’Université Mount Allison.

D’abord, Robichaud et Laroque ont découvert que l’aboiteau était fait du
tronc évidé d’un pin blanc (Pinus strobus). Cela peut surprendre parce
que les essences comme la pruche, le cèdre et le mélèze résistent
beaucoup mieux à la pourriture. Puisque l’aboiteau allait toujours être
saturé d’eau, il est évident que les Acadiens savaient que le pin
survivrait aussi bien. Et il a survécu! D’après l’analyse cellulaire,
les deux troncs placés à côté de l’aboiteau provenaient d’une épinette
rouge ou d’une épinette noire, sans doute la première (Picea rubens).
Après avoir établi les types de bois auxquels ils avaient affaire, les
savants ont pu mener une série d’expériences pour déterminer quand les
arbres avaient été abattus et quel âge ils avaient au moment de la
coupe. Malgré le fait que le pin ne mesure pas beaucoup plus qu’un pied
de diamètre, Robichaud et Laroque ont réussi à compter 274 anneaux de
croissance. Leurs analyses montrent que le pin a été abattu en 1686.
Autrement dit, l’aboiteau a été fait d’un pin blanc qui a commencé sa
vie au moins 80 ans avant que Christophe Colomb ne traverse
l’Atlantique! La date de la coupe des deux troncs trouvés à côté de
l’aboiteau, indique que l’épinette a été abattue en 1682. D’après ces
dates de coupe, les savants et les archéologues concluent que l’aboiteau
fut installé peu de temps après l’arrivée des Acadiens à Grand-Pré.
Puisque nous savons que Pierre Melanson et son épouse Marguerite Mius
d’Entremont furent une des premières familles à déménager de Port-Royal
à Grand-Pré, il se peut qu’ils aient participé à l’installation de cet
aboiteau.
En plus de cet aboiteau, la salle d’exposition au lieu historique
national de Grand-Pré héberge l’aboiteau découvert en 1996 à
l’établissement Melanson, situé à quelques kilomètres d’Annapolis Royal.
Il s’agit d’un autre aboiteau très ancien, quoique son âge précis soit
inconnu.
Les digues et les aboiteaux resteront toujours la signature des Acadiens
dans le paysage maritime. L’aboiteau trouvé à Grand-Pré est vraiment
impressionnant non seulement parce qu’il a plus de 300 ans, mais aussi
parce que l’arbre dont il est fait a pris racine vers 1412. Par
ailleurs, comme le dit Jonathan Fowler, professeur d’archéologie à
l’Université Saint Mary’s, « l’aboiteau de Grand-Pré est probablement le
bois d’oeuvre le plus ancien trouvé au Canada atlantique ».

PHOTOS :
(1) (2) André Robichaud prélève des échantillons avec une sonde - il
extrait de petits cylindres de bois du tronc évidé et aussi des deux
troncs intacts qui se trouvaient à côté de l’aboiteau. (V. Tétrault)
(3) L’aboiteau trouvé à Grand-Pré date de 1686 et provient d’un pin
blanc qui a commencé sa vie vers 1412. On voit les deux sections de
l’aboiteau dans la salle d’exposition au lieu historique national de
Grand-Pré. (V. Tétrault)
(4) Les étudiants d’archéologie de l’Université Saint Mary’s aident avec
l’excavation découvert par un conducteur de pelle mécanique en mai 2006
près du lieu historique national de Grand-Pré.
(J. Fowler)
Sources
écrites :
– André Robichaud et
Colin Laroque, “Dating the Grand-Pré Aboiteau with the Use of
Dendro-archaeology, ” Mount Allison Dendrochonology Report 2008-03.
– Jonathan Fowler,
“Keeping the Tides at Bay,”
http://www.gov.ns.ca/nsarm/virtual/builtheritage/exhibit.asp?ID=241
–
Sally Ross, Digues et aboiteaux, livret bilingue publié par la Société
Promotion Grand-Pré, 2002.
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La Société
Promotion Grand-Pré est un organisme sans but lucratif qui représente la
communauté acadienne et qui collabore avec Parcs Canada pour assurer le
développement et l’intégrité du lieu historique national de Grand-Pré.