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Les Arts à Grand-Pré

Le lieu historique de Grand-Pré est un lieu d'inspiration pour les artistes, les poètes, les architectes, les écrivains...

1907 - L'histoire des Arts à Grand-Pré commence lorsque John Frederic Herbin, poète, historien et bijoutier, et dont la mère est Acadienne, achète en 1907 le terrain qui, pense-t-on, a été l'emplacement de l'Église Saint Charles des Mines, afin de le préserver. Herbin y fait construire une croix, la Croix Herbin, pour marquer l'emplacement du cimetière de l'église, à l'aide de pierres provenant des ruines de ce qu'il croit être les fondations d'habitations acadiennes.

La Croix Herbin

1917 - Herbin vend la propriété à la compagnie ferroviaire Dominion Atlantic (DAR) en 1917, sous réserve que les Acadiens puissent contribuer à sa préservation. Le DAR transfère le terrain à la Société nationale l'Assomption qui organise une levée de fonds pour la construction de l'Église souvenir qui commence au printemps 1922. Entre temps, le DAR commande la statue d'Évangéline, commencée en 1920 par le sculpteur Philippe Hébert et terminée par son fils Henri après la mort de son père.

 

L'Église souvenir et la statue Évangéline

1922 - La figurine d'Évangéline et Bénédicte est remise au parc par un bienfaiteur anonyme. Elle est faite en céramique Parian, une sorte de porcelaine anglaise à l'allure de marbre blanc. Commune dans les maisons Victoriennes, la céramique Parian est apparue en 1842, et est connue comme une porcelaine de moulage de statue. Elle emprunte souvent comme sujet des personnages historiques ou littéraires; celle-ci illustre l'Évangéline de Longfellow et son père Bénédicte, écrasés par leurs peines et leurs soucis. Cette statue est listée dans un catalogue anglais de 1883.

« Évangéline et Benedict », bienfaiteur privé, 1922, figurine

1923 - Cette statue est une copie d'un tableau de Murillo, artiste Espagnol du 17e siècle. Elle a été commandée pour l'Église-souvenir à Grand-Pré en 1923 par la Société l’Assomption, une société acadienne. C'est la toute première pièce d'art dans la collection de l'église, qui continue de s'agrandir. Notre dame de l'Assomption a été choisie comme patronne des Acadiens à Miscouche, Î-P-É, en 1884, en même temps que le tricolore étoilé a été choisi comme drapeau acadien et l'Ave Maris Stella comme leur hymne national. L'Assomption, célébrée le 15 août, est une fête catholique romaine qui commémore l'ascension au ciel de la Vierge Marie. La forme de la statue complémente la statue d'Évangéline dans sa composition. La tension du mouvement entre la tête légèrement retournée vers le haut et la position du corps vers l'avant illustre ce désir de retourner à la maison qu'elle a quittée. Par contre, tout le corps de Marie et ses mains sont tournés vers le haut, vers le ciel dont elle se rapproche. C'est ainsi que le thème du profond désir d'Évangéline de retourner chez elle se poursuit dans Notre-Dame de l'Assomption, quoique maintenant reflétée dans une lumière plus spirituelle. Lorsque l'Église et le parc deviennent la responsabilité de Parcs Canada, la Société l’Assomption demande que la statue demeure dans l'église, ainsi que le drapeau acadien qui se trouve près de l'entrée.

La statue Notre-Dame de l'Assomption

1930 - Deux oeuvres sur tôle perforée, créées par un descendant de Henry Wadsworth Longfellow, sont remises au parc dans les années trente. L'artiste qui porte lui aussi le nom de Henry Wadsworth Longfellow est un cousin lointain du poète (arrière arrière petit cousin). Henry Wadsworth Longfellow, Jr. (qu'on désigne parfois comme III ou IV), est né le 29 mai 1906, et est décédé à Newton, au Massachusetts en avril 1975. Son studio se trouvait à Weston, Mass. Artiste de profession, ayant fait des études à l'Université de Syracuse en Virginie, et au Collège Babson. Il existe un catalogue des oeuvres de cet artiste qui dit « Établi en1928." Le catalogue en question porte un code postal ZIP en vigueur depuis 1963. Il existe au moins deux autres oeuvres semblables d'un homme et une femme par le même artiste, mais elle ne portent pas le nom d'Évangéline et de Gabriel.

L'information biographique est un extrait du livre « A Longfellow Genealogy » par Russell Clare Farnham, mars 2002. Apparemment M. Farnham a obtenu l'information sur Henry W. Longfellow Jr. d'une nécrologie parue dans un journal à Newton, au Massachusetts, « The News-Tribune », jeudi le 3 avril 1975, page 10, colonne 1.

     

« Évangéline et Gabriel », par un descendant de Longfellow, oeuvre sur tôle perforée

1936 - Le Père André Cormier, un prêtre Catholique de descendance acadienne, est le premier président du Comité de l’Église-souvenir en 1924, et joue un rôle important dans la construction de l'Église-souvenir à Grand-Pré. Décédé en 1930, son portrait est placé dans l'Église-souvenir en 1936 en mémoire de sa contribution envers le lieu commémoratif.

« Le Père André Cormier », portrait de Mme Clarence Webster, 1924

1955 -  Le 15 août, 1955, à l'occasion de 200e anniversaire de la Déportation, la Province de la Nouvelle-Écosse remet ce buste de Henry Wadsworth Longfellow, le célèbre poète Américain qui, en publiant son poème Évangéline aux États-Unis en 1847, fait découvrir l'histoire de la Déportation, connue comme le « Grand Dérangement », par les Anglophones de la terre entière. Le buste qu'on retrouve le long du sentier à la droite de l'Église souvenir est moulé sur l'original qui se trouve au Westminster Abbey à Londres, en Angleterre.

Le buste de Henry Wadsworth Longfellow

1956 - La Société nationale Assomption confie le terrain à Parcs Canada qui en fait un lieu historique national du Canada.

1985 - Parcs Canada lance une compétition pour la création d'un vitrail pour l'Église-souvenir, pour appuyer l'histoire de la Déportation, et améliorer l'expérience de nature contemplative à l'intérieur. La création gagnante de Terry Smith-Lamothe atteint ces objectifs grâce à une approche réfléchie qui intègre le sujet, les couleurs, et la texture avec des éléments traditionnels du travail sur vitrail et l'orientation physique de l'Église-souvenir elle-même.

Le sujet choisit décrit le moment  lorsque la communauté de Grand-Pré est déchirée avec l'embarquement des premières familles acadiennes à Pointe Noire, sur les rives du bassin des Mines. La présence lourde du cap Blomidon à l'arrière plan définit la scène. Le jeu des couleurs bleues, violettes et grises prédominantes soulignent l'atmosphère sérieuse et contemplative à l'intérieur de l'église.  Le verre évoque la texture de la terre, des vagues et du ciel.  Les lignes rouges du verre style  « Cathédrale antique », permet à la lumière du jour de pénétrer le devant de l'église. L'orientation sud du vitrail garantit que les lignes rouges sont projetées au moins une fois par jour, et en particulier le 5 septembre, sur la plaque à l'entrée de l'église, pour rappeler de façon visible l'effet fracassant du Grand Dérangement. La bordure traditionnelle en or crée un effet de trois dimensions et attire le regard des visiteurs vers les personnages au centre de la scène; cette bordure représente également l'espoir exprimé par l'artiste de « renouvellement, et ultimement de paix pour le peuple acadien aujourd'hui et demain, l'espoir d'une ère nouvelle. »

Terry Smith-Lamothe, 1985, vitrail

1986 - Parcs Canada place une commande pour six tableaux représentant l'histoire de l'expulsion des Acadiens, avec l'intention de les ajouter à la collection dans l'Église-souvenir de Grand-Pré. Le bureau de la région de l'Atlantique de Parcs Canada, en partenariat avec un comité consultatif de la communauté acadienne, choisit Claude Picard pour réaliser ce projet. Les tableaux sont conçus pour aider l'interprétation du « Grand Dérangement », non seulement de la Déportation elle-même, mais de la vie des Acadiens avant et après cet événement tragique. Monsieur Picard travaille en étroite collaboration avec des historiens de l'époque pour présenter une série qui soit fidèle à l'histoire. Ces six tableaux deviennent l'outil principal pour raconter l'histoire des Acadiens aux visiteurs. Ils continuent à jouer ce rôle dans l'interprétation de l'histoire du lieu aujourd'hui.

   

    

L'histoire des Acadiens en six tableaux de Claude Picard

1986 - L'artiste acadien Claude Roussel, sculpteur et professeur d'art à l'Université de Moncton crée deux reliefs qui entourent la plaque en cuivre au devant de l'église. Le relief sur la gauche montre la milice de la Nouvelle-Angleterre et les soldats britanniques. Le relief sur la droite illustre les familles acadiennes qui se dirigent vers les bateaux dans le Bassin. Roussel est bien connu pour son travail avec des matériaux contemporains.

      

Reliefs de Claude Roussel, résine en fibre de verre, 1986

1986 - On retrouve sur les murs derrière les plaques qui portent le nom des familles, douze illustrations par Felix Octavius Carr Darley tirées d'une publication imprimée en 1883 du poème Évangéline de Longfellow. Les gravures de Darley étaient très populaires en Amérique au dix-neuvième siècle.

  

« Poème Évangéline », Felix Octavius Carr Darley, 1986, gravures

1997 - Un partenariat est créé entre Parcs Canada et la Société Promotion Grand-Pré, un organisme à but non lucratif qui représente la communauté acadienne, pour assurer la co-gestion du lieu historique national du Canada de Grand-Pré.

2003 - Le nouveau centre d'interprétation a été construit grâce au partenariat entre Parcs Canada et la Société Promotion Grand-Pré, un organisme à but non lucratif qui représente la communauté acadienne. L'architecte talentueux Terry Smith-Lamothe, de la firme d'Halifax « Architech, Ltd. » est choisi pour faire un dessin architecturel. Le dessein s'inspire de l'Habitation de Port Royal en 1605, selon une esquisse de Samuel de Champlain lui-même : des toits apiques en forme de pyramide, des corniches en forme de cloche, des formes de cheminées massives, des fenêtres archées à carreaux, et des volets qui fonctionnent. Le revêtement mural et la boiserie verticale entre les fenêtres et les portes imitent la construction  « pièce sur pièce ». Deux images d'arbres se répètent au centre : l'érable, capturé dans les luminaires dans le foyer; et le saule, capturé dans le poteau argenté devant les portes principales. En plus, les treillis de l'atrium sont conçus pour représenter un arbre généalogique. Lamothe a dessiné les corniches pour attirer les hirondelles; leur retour pour faire leur nid ici chaque printemps représente un emblème vivant de l'espoir du retour des Acadiens.

« Port Royal », esquisse de Samuel de Champlain

Le Centre d'accueil

2003 - Susan Tooke, une artiste d'Halifax, crée la composante visuelle du compte rendu de la Déportation du point de vue d'un enfant. Elle crée également les illustrations pour les panneaux dans la salle d'interprétation.

    

Murales et illustrations de Susan Took, 2003

2004 - La Société Promotion Grand-Pré demande à François Gaudet, guide interprète et photographe, de créer une collection de vingt photos intitulée "Les quatre saisons à Grand-Pré".

 
 
 
 
     

« Les quatre saisons » de François Gaudet

2004 - Société Promotion Grand-Pré commande une murale pour accrocher dans le halle d'entrée du centre d'accueil. L'artiste Wayne Boucher est choisi, et il créé la murale intitulée « Réveil ». Cette murale représente le passé, le présent et l'avenir du peuple acadien. La représentation du drapeau acadien par l'artiste Wayne Boucher capture tous les éléments importants de Grand-Pré. La Croix de la Déportation forme le point d'encrage de la murale. Il réussit à tracer la continuité avec l'architecture du centre d'interprétation à l'aide de lignes blanches diagonales au centre et de lignes noires autour du périmètre de la murale, qui allongent les lignes des arbalétriers. Les lignes blanches diagonales rappellent la coque d'un bateau. Dans la section blanche du drapeau on retrouve les champs, le grand pré lui-même. On aperçoit le Cap Blomidon, élément géographique dominant de cette région, qui se retrouve dans la partie bleu, et vers lequel se penchent  les ombres d'hommes, de femmes et d'enfants Acadiens. Une traînée de fumée blanche se trace par dessus le Cap en forme d'une carte du Bassin des Mines. En bas, à gauche, on aperçoit l'église souvenir avec son vitrail et la ligne rouge qui la traverse et la met en relief.   La partie rouge du drapeau contient une représentation des incendies qui ont détruit un bon nombre de villages acadiens, mais cette coloration représente également la passion et la fierté du peuple acadien, malgré les nombreuses tristesses du « Grand Dérangement ». (Commanditée par la Tauck Foundation, Gaston Chagnon)

La murale « Réveil » de Wayne Boucher, 2004, huile sur toile

2005 - Quoique la Croix de la Déportation, de style gothique, ne se trouve pas dans le parc de Grand-Pré, elle joue un rôle dans le tableau historique des symboles acadiens comme une pièce commémorative. Érigée en 1924 par le Comité de l’Église-souvenir, d'abord près d'un ruisseau asséché en plein milieu du « grand-pré », comme on peut l'apercevoir dans le tableau ci-dessous de Denise Comeau.  En 2005 la Croix est déplacée à Horton Landing (Pointe Noire), l'endroit où des centaines d'Acadiens de Grand-Pré ont attendu, à l'automne 1755, d'être transportés jusqu'aux bateaux ancrés dans le bassin des Mines. Elle se trouve aujourd'hui à côté d'un monument aux Planters venus de la Nouvelle-Angleterre dans les années 1760, encouragés par le gouvernement Néo-Écossais, pour cultiver les riches terres agricoles endiguées par les Acadiens. L'artiste a également fait un calquage de plaque de l'inscription qu'on trouve sur la croix  et qui se lit ainsi : « Le lit desséché du crique que l'on aperçoit dans le pré à quelques pas d'ici est l'endroit où furent embarqués sur les chaloupes, les victimes du Grand Dérangement de 1755 pour être transbordées sur les transports ancrés dans le bassin des Mines ».

« Croix de Déportation », 2006, photo de Victor Tétrault

Denise Comeau, 1997, aquarelle

Denise Comeau, 2005, calquage de plaque

2006 - La Société Promotion Grand-Pré commande une sculpture en bronze en 2004 pour commémorer le 250e anniversaire du Grand Dérangement. L'oeuvre est la création des artistes Jules Lasalle et André Fournelle qui réalisent de façon exceptionnelle la vision des membres du Conseil d'administration de la Société Promotion Grand-Pré. La sculpture est dévoilée le 3 septembre 2006.

En sortant du petit bois et en tournant vers le nord et vers le parc, le sentier se dirige de façon parallèle avec l'ancien chemin Grand-Pré qui traversait autrefois le village et qui se trouve aujourd'hui enfoui sous la terre. Le pré faisait autrefois partie du village, et le chemin passait juste à côté de la statue de groupe « Déportation » qui orne le creux dans le champ.

Cette sculpture illustre une famille acadienne qui doit abandonner sa demeure. L'emplacement de la sculpture est très appropriée; on croit que la parcelle de terre piquetée à la droite de la sculpture est l'emplacement d'une ancienne demeure acadienne, découverte au cours d'un examen géophysique du parc dans les années quatre-vingt-dix. La grande étendue du terrain qui entoure les membres de la famille fait ressortir leur vulnérabilité sans abri. Cependant, ce vaste paysage les unit à la fois. La sculpture révèle une connexion intime entre la terre et le peuple, que l'on voit brisée par l'enlèvement forcé de cette famille déportée.

La sculpture « Déportation » de Jules Lasalle et André Fournelle

2007 - Première « Artiste en résidence », Georgette Bourgeois, une Acadienne du Nouveau Brunswick, crée une série de neuf tableaux intitulée L’Esprit de Grand-Pré. Des bienfaiteurs achètent les tableaux et en font un don à la Société Promotion Grand-Pré. L'artiste s'exprime ainsi en parlant de la création de sa nouvelle série, « J'ai connu des émotions fortes. J'ai ajouté dans chacune de mes œuvres des symboles qui tentent de capturer les esprits du passé ainsi que les émotions et les expériences mémorables qu’on peut vivre en visitant Grand-Pré, lieu qui commémore la Déportation des Acadiens en 1755. Entre les saisons, l'artiste fait une tournée promotionnelle pour Grand-Pré avec la série à différents endroits à travers les pays.

 

   
 
   
 
   

« L'Esprit de Grand-Pré » de Georgette Bourgeois

Pour voir le calendrier des expositions de la série de l'Esprit de Grand-Pré, cliquer sur le lien suivant :