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L'histoire
La vallée de l'Annapolis en Nouvelle-Écosse renferme des terres agricoles qui sont parmi les plus fertiles au Canada atlantique. Depuis des siècles, des fermiers comptent sur les riches sols des basses terres, les marais salés endigués et beaucoup de jours d'ensoleillement pour cultiver les céréales, les fruits et les légumes. La vallée attire des visiteurs de partout, mais sa beauté tranquille cache une histoire violente et tragique.
Au cours des années 1630, des colons français se sont établis à Port-Royal, dans la partie ouest de la vallée, non loin de l'établissement que Pierre Dugua de Monts et Samuel Champlain ont fondé en 1605. Les Mi'kmaq ont accueilli les colons français et leur ont permis de partager le territoire. Les colons français ont asséché les immenses marais fertiles en construisant des digues et des aboiteaux qui empêchaient l'inondation de la mer. Pendant que l'Angleterre et la France se battaient périodiquement pour le contrôle du continent, les colons construisaient leurs villages. Ces colons ont créé une société nouvelle et une culture distincte, grâce aux liens familiaux serrés, à une économie agricole basée sur l'endiguement des marais et à un sentiment d'indépendance. Des Français à leur arrivée en Acadie, ils sont devenus des Acadiens.
Lorsque Port-Royal est tombé aux mains des Britanniques en 1710, l'Acadie devient la Nouvelle-Écosse et les Acadiens deviennent sujets britanniques. Ils peuvent rester sur leurs terres et pratiquer leur foi. En 1730, ils signent un serment d'allégeance qui garantit leur neutralité - selon la promesse verbale du gouverneur de la Nouvelle-Écosse Richard Philipps. Désormais, les autorités britanniques se réfèrent aux Acadiens comme des French Neutrals.
Même si leurs maîtres politiques ont changé, la vie quotidienne des Acadiens continue presque sans changement. Cependant, lorsque la guerre éclate entre la France et la Grande-Bretagne en 1744, leur neutralité est mise à l'essai. Chaque empire veut s'assurer de la loyauté de la population acadienne.
Les tensions entre les deux superpuissances montent dans la région de Chignectou. L'établissement acadien de Beaubassin, fondé en 1672, chevauche la frontière entre le territoire français et britannique. En 1750, lorsque les Britanniques construisent le fort Lawrence au village acadien de Beaubassin, les agents français forcent les Acadiens à déménager au territoire français. Les Français font construire le fort Beauséjour sur une colline avoisinante.
En juin 1755, des soldats britanniques renforcés par des troupes de la Nouvelle-Angleterre, capturent le fort Beauséjour. Deux cents Acadiens avaient participé à la défense du fort. Même si le commandant français a insisté qu'il les avait obligés à se battre et même si les termes de la capitulation pardonnaient les Acadiens, le gouverneur de la Nouvelle-Écosse Charles Lawrence était offusqué que ces Acadiens avait abandonné leur neutralité. Préoccupé par la sécurité de sa colonie, il a demandé que les Acadiens signent un serment d'allégeance sans conditions. Ne voulant pas être obligés de prendre des armes contre les Mi'kmaq ou les Français, ils ont refusé. Par conséquent, le 28 juillet 1755, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse décide de déporter les Acadiens.
Le 19 août 1755, 313 soldats de la Nouvelle-Angleterre, sous le commandement du lieutenant-colonel John Winslow débarquent à Grand-Pré et marchent jusqu'au centre du village. Winslow transforme l'église en camp de base et donne l'ordre à ses hommes de construire une palissade pour se défendre. Ensuite Winslow convoque tous les hommes acadiens et tous les garçons acadiens âgés de plus de 10 ans à se présenter à l'église le 5 septembre pour écouter une proclamation royale. Dès leur arrivée à l'église, les 418 garçons et hommes sont faits prisonniers et informés que leurs terres seront confisquées et qu'eux et leurs familles seront déportés.
Les Acadiens de Grand-Pré restent prisonniers pendant des semaines, puisque les navires qui devaient les déporter tardaient à venir. Le 8 octobre, le premier contingent de déportés de Grand-Pré montent à bord les navires de transport qui les amèneront aux colonies anglo-américaines de Pennsylvanie, Virginie et Maryland. En raison du manque de navires, les derniers habitants de la region de Grand-Pré n'embarqueront que le 20 décembre. Pour empêcher les Acadiens qui se seraient enfuis de se rétablir, Winslow et ses hommes mettent feu à tous les villages dans la région de Grand-Pré.
Environ 2 200 Acadiens ont été déportés de la région de Grand-Pré. Entre 1755 et 1763, plus de 10 000 Acadiens ont été déportés du territoire qui comprend les provinces actuelles de la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l'Île-du-Prince-Édouard. Un certain nombreux d'Acadiens ont réussi à fuir et à se cacher.
En 1764, les autorités britanniques permettent aux Acadiens de retourner en Nouvelle-Écosse, à condition de s'établir en petit groupes dans des endroits isolés. Ils ne pourront pas reprendre leurs anciennes terres parce que le gouvernement les a offertes gratuitement aux colons britanniques. À Grand-Pré, par exemple, des centaines de colons de la Nouvelle-Angleterre (principalement du Connecticut), connus sous le nom de Planters, commencent à arriver en 1760. Ces colons et leurs descendants continuent à exploiter les riches terres endiguées et cultivées autrefois par les Acadiens. Aujourd'hui, sous ces terres fertiles, se trouvent les restes carbonisés de l'ancienne Acadie.
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